
Il est des endroits, comme des personnes, dont on tombe sous le charme immédiatement. Il est des endroits, comme des personnes, qui vous chavirent en un coup de foudre sans prévenir.
En 1998, je suis venu pour des raisons professionnelles passer deux jours à Nantes. A cette époque, le mayennais d’origine que je suis, fit tout son possible pour trouver du travail dans la citée Atlantique. Après quelques mois de recherche, je trouvais un job dans une entreprise installée face à la gare de frets de l’île Beaulieu. Je passais les premières semaines chez un oncle et une tante (J’espère que ça roule à la Barbatre). Ils habitaient à l’époque une charmante maison entourée de vignes à quelques kilomètres de la ville. Puis, je m’installais dans une chambre de bonne face au lycée Clemenceau. Depuis, mon attirance pour cette ville à la douceur insolente n’a pas perdu un de ses atomes crochus.
Celui qui n’a jamais vu, tranquillement installé au sommet de la butte Sainte-Anne, le soleil se lever sur la Loire, ne comprendra pas la suite de mon récit. Les matins à Nantes, au petit jour, la ville baigne dans une lumière apaisante. Les façades blanches de l’île Feydeau deviennent aux premiers rayons des palais vénitiens. Les quais de Versailles, où l’Erdre roucoule avec la ville, sont de temps en temps survolés par de magnifiques hérons couleur argent.
J’aime, aussi, les dimanches de printemps flâner dans le centre ville ; l’allée ombragée du boulevard Guist’Hau ; la place Viarme ; le marché couvert de Talensac ; les rues désertées du Bouffay ; le château d’Anne de Bretagne à la rénovation sans fin ; le jardin des plantes et ses canards moqueurs ; puis revenir sur ses pas, monter à Graslin, et croire que cette ville vous est offerte.
Les charmes de Nantes sont sans fin. Malheureusement, beaucoup de ses natifs ne regardent plus leur ville, ils ne la désirent plus. Le pire, c’est qu’ils pensent que la sortie de terre de monstres de bétons (remplis par des suédois meublés et des musiciens qui ne toucheront aucun zénith) sont des preuves que la vie s’installe maintenant en banlieue. Je retourne pénard voir la Loire à Pirmil, et je me laisse glisser jusqu’à l’océan.